Cette étude s’inscrit dans le cadre du projet transfrontalier « Alimentation Durable Inclusive » (AD-In) dont l’objectif était d’interroger les conditions d’accessibilité à l’alimentation durable pour les publics en difficulté d’autonomie alimentaire. Plus spécifiquement, l’étude a été menée auprès des participants des « Défis transfrontaliers en alimentation durable » organisés au sein du projet. Ces défis reposaient sur un programme d’une dizaine d’activités, co-construit avec les participants, se déroulant sur une période d’environ 6 mois et ayant pour objectif d’aborder différentes facettes de l’alimentation durable.
Notre question de départ se composait de deux volets : d’une part, interroger les habitudes et comportements alimentaires des personnes en contexte de vulnérabilité et d’autre part, envisager les possibilités pour les personnes placées dans un tel contexte d’intégrer des critères de durabilité dans leur routine alimentaire.
Ce sont les enseignements issus de cette étude que nous proposons d’exposer dans cette note de synthèse.
Il existe de fortes inégalités sociales en matière d’alimentation, notamment pour la consommation de fruits et de légumes.
L’objectif de cette étude était de tester l’hypothèse selon laquelle, dans les quartiers pauvres, les jardiniers cultivant dans des jardins partagés auraient des approvisionnements en fruits et légumes plus élevés que des non-jardiniers.
Une enquête pluridisciplinaire a été réalisée auprès de femmes ayant accès à une parcelle individuelle dans des jardins partagés de quartiers pauvres de Marseille. Les approvisionnements alimentaires mensuels des foyers de ces jardinières (achats et production du jardin) ont été analysés et comparés à ceux de femmes de profil socioéconomique similaire, vivant dans les mêmes quartiers mais n’ayant pas accès à un jardin.
Les enquêtes ont révélé les valeurs sociale, culturelle et symbolique du jardinage (fierté de produire et de cuisiner sa propre production, estime de soi, commensalité).
Bien que l’étude soit transversale et malgré la faible quantité de produits potagers récoltés, nos résultats suggèrent que l’accès à un jardin partagé pourrait favoriser l’adoption de pratiques alimentaires plus favorables à la santé par les habitants de quartiers défavorisés.
« Avec les services sociaux et ceux qui les fréquentent, Le Forum – Bruxelles contre les inégalités a identifié 85 idées reçues. Chacune a été soumise à un expert qui s’est attaché à la déconstruire de manière argumentée, sur base des derniers chiffres et études disponibles. Voici donc une Petite encyclopédie des idées reçues sur la pauvreté, qui a pour ambition d’apporter une définition plus juste d’un phénomène qui touche un Belge sur cinq. En éclairant les problématiques les plus complexes, cette encyclopédie est un outil fondamental pour inventer des solutions contre la pauvreté, que ce soit à un niveau personnel, professionnel ou politique. »
Dans ce livre, le chapitre qui nous intéresse particulièrement ici est « Les pauvres ne prêtent aucune attention à leur alimentation. » à la page 153. Voici son résumé :
« Lorsque des personnes vivant en situation de précarité sont sollicitées pour partager leurs analyses sur l’alimentation, elles témoignent d’un intérêt non exclusif mais évident pour cette problématique, jugeant complexe et préoccupant le système alimentaire dont elles dépendent. Loin des clichés habituels, les personnes qui fréquentent des services d’aide sociale ou d’aide alimentaire ont une vision riche de la notion de « bien se nourrir » qui ne se résume pas au contenu gustatif de leur assiette. Leurs analyses (cf. recherche Solenprim) reflètent le caractère pluridimensionnel de l’alimentation ».
En France, environ 5 millions de personnes bénéficient d’une aide alimentaire ponctuelle ou régulière et 48% des foyers modestes éprouvent des difficultés à assurer 3 repas par jour. Les besoins en matière d’aide alimentaire sont très importants, à la fois en quantité (une alimentation suffisante) et en qualité (une alimentation saine, favorable à la santé, avec des produits frais et diversifiés). De l’approvisionnement à la distribution, l’aide alimentaire mobilise une grande diversité d’acteurs aux statuts, contraintes, motivations et formations différentes. Mais malgré cette diversité de profils, les actions d’aide alimentaire sont peu coordonnées, que ce soit au niveau national ou local, ce qui amène des difficultés de différents ordres.
Sur certains territoires, à l’initiative d’un CCAS (CPAS français), d’une collectivité ou d’une banque alimentaire, les acteurs de l’aide alimentaire se sont engagés dans des démarches de coordination. Cette étude analyse les effets de 8 expériences de coordination de l’aide alimentaire au niveau local. Il s’agit d’en tirer des enseignements et d’inspirer d’autres acteurs qui souhaiteraient investir ce sujet.
La première partie de l’étude présente les effets souhaités de la coordination de l’aide alimentaire et tire les leçons des actions développées dans les 8 territoires.
La seconde partie de l’étude vise à proposer une méthode pour mettre en place une démarche de coordination de l’aide alimentaire sur un territoire.
La troisième partie de l’étude reprend les 8 expériences de coordination territoriale de l’aide alimentaire, pour replacer les actions dans leur contexte, leur territoire et leur histoire.
Portée par des sociologues et des acteurs de première et de seconde lignes du champ de l’aide alimentaire bruxellois, la recherche-action participative Solenprim a débuté en janvier 2016, avec l’ambition de repenser – avec des bénéficiaires de l’aide alimentaire et des personnes qui fréquentent des organismes d’aide sociale – un accès plus durable à l’alimentation.
Solenprim – Solidarité en primeur(s) – est un projet de recherche-action, développé collectivement par des organisations d’aide alimentaire, une plateforme d’achats solidaire et la Fédération des Services Sociaux. Il a pour objectif un accès durable pour tous à une alimentation diversifiée et de qualité.
Solenprim cherche à savoir en quoi et comment des dispositifs innovants, associant le secteur de l’aide alimentaire à la transition vers un système alimentaire durable, sont susceptibles d’accroître durablement la liberté de choix et le champ des usages alimentaires des publics défavorisés ?
Les réflexions sur le sujet ont amené les partenaires à considérer que, plutôt que de privilégier un format précis de diffusion, c’est l’exploration d’une « multitude d’outils et de formats » qui méritait d’être valorisée et cultivée, puisque, comme le soulignait un partenaire de terrain, elle permet que « tout le monde [puisse] à un moment donné y trouver son compte ». A l’heure de produire un rapport final visant à dresser le bilan des travaux réalisés au cours des trois années d’expérimentation, le format du portfolio s’est imposé comme le plus pertinent.
Dans celui-ci, vous pourrez retrouver 6 analyses, 3 synthèses, 12 « fiches-outils », 9 « retours d’expérience », un documentaire sonore et une expo’ photo.
Document complet et détaillé dessinant les enjeux, tenants et aboutissants d’une sécurité sociale de l’alimentation en France
« Cette page présente le projet de sécurité sociale de l’alimentation rédigé par ISF-AgriSTA, mis en ligne pour la première fois en février 2019. Elle est mise à jour régulièrement pour présenter l’avancée des travaux et les liens utiles pour suivre le projet. Bonne lecture ! »
« En France, la sécurité sociale de santé offrait aux citoyen•ne•s, dans sa construction initiale, l’accès à des soins médicaux, quels que soient leurs revenus. Pourquoi ? Parce que la santé est un bien commun et l’accès aux soins, un droit.
Si l’alimentation, notre première médecine, représente une part majeure des questions de santé, un bien commun et même un droit, une part encore trop importante de la population n’est pas en mesure de l’exercer. L’accès digne à une alimentation choisie est un droit, tout comme l’accès aux soins, ne devrait-il donc pas faire l’objet d’une politique spécifique ?
Choisir son alimentation, c’est avoir accès à des produits qui nous conviennent, c’est-à-dire dont on a pu décider de leurs modes de production tout en répondant à nos préférences alimentaires. Cela revient à penser l’organisation d’un système de démocratie alimentaire.
Créer une sécurité sociale de l’alimentation (SSA) dans cet objectif, est-ce possible ? A quelles conditions ? Comment une sécurité sociale de l’alimentation pourrait-elle offrir à toutes et tous l’accès à une alimentation choisie, de qualité, respectant l’environnement et les travailleur•euse•s ? Comment cet outil pourrait-il garantir le droit à l’alimentation, être la base d’une souveraineté alimentaire des peuples et de la transition nécessaire du système de production agro-alimentaire ? Pourquoi une SSA et pas une autre politique? »
Etude commandée par le ministère français de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF). L’étude complète est disponible, mais un résumé des résultats (bien moins conséquent) est également proposé.
« L’enquête indique que les attentes des ménages en insécurité alimentaire s’organisent autour de trois axes : la qualité des produits (c’est-à-dire frais, sains et goûteux), la diversité des denrées permettant une alimentation équilibrée et moins monotone, mais aussi l’accès à une certaine autonomie, qu’il s’agisse du choix des denrées ou, dans le cadre de l’aide alimentaire, dans leur rapport aux dispositifs et aux bénévoles.
Au regard des attentes et des besoins exprimés par les ménages rencontrés, l’enquête permet d’identifier plusieurs pistes d’actions : faire connaitre l’aide alimentaire et améliorer le repérage des ménages en insécurité alimentaire, afin de favoriser leur « raccrochage » aux dispositifs existants ; faire évoluer la place des usagers au sein des dispositifs d’aide alimentaire, en travaillant notamment à une évolution des représentations des travailleurs sociaux et bénévoles à l’égard des bénéficiaires ; améliorer l’accessibilité des dispositifs d’aide alimentaire, en travaillant aussi bien sur l’accessibilité physique et géographique que sur les horaires de distribution et les périodes d’ouverture des structures.
Au-delà, l’enquête questionne plus largement le sens de l’aide alimentaire, son rôle et ses fonctions actuelles, et invite à renforcer son articulation avec des formes alternatives à l’aide alimentaire classique, pour répondre aux besoins de l’ensemble des ménages en insécurité alimentaire.
« Le 1er novembre 2018 était promulguée la loi pour l’Équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine, durable et accessible à tous, dite Loi EGAlim. Un an plus tard, nos organisations alertaient déjà sur le manque de volonté et de moyens pour assurer la mise en œuvre d’une loi pourtant déjà peu ambitieuse. Deux ans plus tard, le constat d’échec est sans appel tant la quasi-totalité des indicateurs sont au rouge. Aucune des ambitions et bonnes intentions déclarées en grandes pompes ou sous forme législative n’ont été suivies d’effet. »
Ce document, fruit du travail d’un collectif de 28 syndicats et associations, déplore l’échec de cette loi. Le chapitre qui nous intéresse plus particulièrement commence à la page 12 et se nomme « FAVORISER UNE ALIMENTATION SAINE, SÛRE ET DURABLE POUR TOUS »
Dans ce très long rapport d’étude, c’est particulièrement le deuxième volet de recherche qui nous intéresse, et son chapitre sur » L’ACCESSIBILITÉ SOCIALE À L’ALIMENTATION AU PRISME DE LA JUSTICE ALIMENTAIRE ».
Ce chapitre, riche de contributions de plusieurs auteurs.trices commence par traiter des questions entourant le concept de « justice alimentaire » avant de se pencher sur les mécanismes encourageant l’accessibilité sociale à l’alimentation durable.
À partir des réflexions et des analyses des militants Quart Monde, cette étude propose d’approfondir ce qui relève du rôle social de l’alimentation, sa fonction d’inclusion sociale, pour ensuite développer les incidences de la vie en précarité sur ces dynamiques (Première partie de l’étude). La compréhension de ces situations permet de renouveler le sens que l’on porte à une alimentation durable et de porter un nouvel éclairage sur les barrières d’accès. Elle peut aider à avancer vers des solutions qui redonnent à l’alimentation son rôle d’inclusion sociale pour les personnes en situation de précarité (Deuxième partie de l’étude).