Pour une Sécurité Sociale au XXIème siècle : un projet de sécurité sociale de l’alimentation

Ce document, très fourni et intéressant, édité par le réseau salariat, arpente la perspective d’une sécurité sociale de l’alimentation pour contrer « le modèle capitaliste de l’industrie agro-alimentaire ». Malgré une vision très structurelle et socio-économique, ce document prospectif invite également à l’émancipation de chacun.e via cet enjeu intersectionnel s’il en existe : l’accès à une alimentation de qualité.

« L’alimentation est une question vitale et qui concerne absolument tout le monde ! Elle a des enjeux locaux et internationaux, elle pose des questions fondamentales de pouvoirs, d’inégalités sociales, d’organisation du travail, du poids des multinationales et du rôle des pouvoirs publics pour renforcer leur poids ou bien le contrer. C’est également un secteur où la financiarisation joue un rôle majeur, la mécanisation remplace les emplois, l’exploitation des humains, des animaux et des ressources naturelles y est au cœur… Un sujet politique majeur qui touche à la santé publique, à l’environnement, aux inégalités sociales, aux inégalités territoriales… et qui révèle avec acuité les ravages du système capitaliste.

L’alimentation analysée comme système, de la production à la consommation en passant par la transformation et la distribution, apparaît être une grille de lecture assez efficace pour apprécier l’état d’une société.Ainsi, les mots de Via Campesina[9] : « le modèle agro-industriel porte en lui le conflit social, l’exploitation du travail, la destruction de l’environnement, les dégâts sur la santé et la pauvreté rurale. » illustrent parfaitement les maux de la société capitaliste. A contrario, les exemples de la commune du Rojava[10] ou les communautés du mouvement zapatiste au Chiapas sont, sur le plan de l’alimentation, assez éclairants. »

Alimentation des plus pauvres : l’insoutenable légèreté de l’aide ?

Entretien avec Yves Martin-Prével, docteur en médecine, épidémiologiste, chercheur à l’IRD, Unité Nutripass (prévention des malnutritions et des pathologies associées).

 

Une information publiée par le Meridian Institute le 6 juin 2014 et intitulée « La science du design alimentaire pour les pauvres de la planète » (traduction d’un article de The Atlantic) a retenu l’attention de la Mission Agrobiosciences. Pourquoi ?
Car il y est question de produits fortifiés en micro-nutriments et de logiciels informatiques utilisés par des pays riches dans la lutte contre la malnutrition d’enfants guatémaltèques. La lecture de ce papier laisse comme un arrière-goût amer dans la façon avec laquelle l’aide alimentaire semble considérer les plus démunis comme une sous-catégorie de citoyens qui n’auraient pas le choix. Sous couvert de charité, bien-sûr, à l’instar des philanthropes du 19ème siècle qui appelaient de leurs vœux « la gelée nutritive pour nécessiteux »

A se demander si ce marché de la pauvreté prend en compte la puissance symbolique et sociale de l’acte alimentaire et s’intéresse un tant soit peu aux politiques agricoles et à l’accès à l’alimentation, ou s’il se contente de dénicher des opportunités pour les industries agroalimentaires.
Bourrer les dindes de vitamines, règle-t-il vraiment le problème de la malnutrition ? Faire du design alimentaire de céréales enrichies pour les malnutris, n’est-ce pas incongru ?
Yves Martin-Prével, fin connaisseur des questions de malnutrition dans le monde, a répondu à la Mission Agrobiosciences, sans tabou, ni langue de bois, dans une discussion qui mène bien plus loin, dans les contrées controversées de l’aide alimentaire et humanitaire, sur fond de stratégie des IAA. Comme toujours, des réponses nuancées pour un sujet complexe.

D’un mouvement à l’autre : des luttes contestataires de justice environnementale aux pratiques alternatives de justice alimentaire ?

Ces questionnements s’inscrivent dans les réflexions sur la justice sociale et spatiale. D’une part, il s’agit de se demander si les desseins des militants de la justice environnementale et de la justice alimentaire rendent compte d’une conception identique de la justice. On peut entendre la notion de justice sociale selon au moins deux acceptions théoriques : celle d’une justice sociale distributive traduite dans les travaux sur la justice spatiale d’Edward Soja comme la « distribution équitable et juste dans l’espace des ressources socialement valorisées et des possibilités de les exploiter » et celle d’une justice sociale inclusive, qui cherche à corriger les injustices socialement situées dans des différences de genre, de race, de culture etc. pour établir un cadre permettant la participation pleine et effective des groupes opprimés.

Partant du caractère polysémique de la notion de « justice », la question se pose de savoir comment, sur le terrain, les discours des militants des deux mouvements se rapportent à une justice dite « environnementale » et à une autre dite « alimentaire ». D’autre part, il s’agit d’analyser les processus par lesquels les militants mettent en œuvre et en espace leur conception de ces justices, environnementale ou alimentaire. Au-delà d’un souci partagé de la justice sociale, d’une action sur des territoires similaires, les formes et les catalyseurs d’action collective sont-ils semblables ? Y’a-t-il filiation, parallèle ou hybridation entre les deux mouvements, ou au contraire, dissociation malgré un héritage commun ?